Damiano De Paola, le Gargantua italien du savoir. Le professeur de Calabre est considéré comme le «phare de l’enseignement de l’italien en Suisse romande»

Daminao De Paola

Fedele Mendicino Tdg.ch DAMIANO DE PAOLA clique sans cesse sur sa souris. Bardé de diplômes et de références, il ne comprend pas pourquoi l’ordinateur, certes vétuste, refuse de cracher les dix pages de son CV? Mais il garde son calme: «Je ne m’énerve qu’une fois par semestre, car je suis allergique aux crétins et aux malhonnêtes.» Pas à la «bécane» qui lui tient tête. Il se résout à appeler son assistante Anna avant de réaliser qu’il avait juste oublié d’allumer l’imprimante. Il sourit, même pas gêné, et nous renvoie au document pour expliquer comment lui, fils d’employé postal en Calabre, est devenu professeur de langue et de littérature française et pourquoi il est aujourd’hui, selon ses collègues, le «phare de l’enseignement de l’italien en Suisse romande» pour le compte du consulat d’Italie. A Genève, ces cours, organisés dans les écoles et les maisons de quartier, ont débuté le 9 septembre. Donnés par 12 enseignants, ces 70 heures annuelles, facturées 220 fr., sont fréquentés par 900 élèves, «dont une centaine de non Italiens. Rares sont les consulats qui offrent cette ouverture.» De son enfance en vieille-ville de Cosenza (Calabre), le fonctionnaire aime se souvenir des pavés, des vieilles bâtisses, des interminables parties de foot entre amis à l’ombre des cours intérieures. Les odeurs de cuisine dans la rue, l’appel de la sonnerie de l’école. «Je lisais et j’écrivais à quatre ans. A six ans, j’étais amoureux de la mythologie grecque.» Un amour de premier de classe qui lui vient de son oncle enseignant de latin-grec. «J’ai travaillé dans le même lycée que lui, mais je n’ai pas fait long. Il passait ses journées à dire à tout le monde que j’étais son neveu…»

De L’Odyssée aux Misérables. A lire son CV, on comprend que ce boulimique du savoir cumule les passions. De la Grèce antique à la France. De L’Odyssée aux Misérables. «J’aime Hugo mais aussi Balzac et Flaubert et j’ai été le premier italien à faire une thèse en Calabre sur Marcel Pagnol et ses «Souvenirs d’enfance»: «Pagnol avait 60 ans quand il a écrit La Gloire de mon père et pourtant il a un cœur d’enfant. C’est un méridional, quand il parle du romarin, que j’aime mettre sur mes patates, j’y vois ma Calabre. Cette région pauvre, cette mère qui ne sait pas garder ses enfants.» Après une carrière de professeur, de nombreux cours en France, ce père de famille divorcé devient directeur d’une école hôtelière en 2007 dans sa région, au bord de la mer: l’école San Francesco di Paola du nom d’un saint connu pour son engagement envers les pauvres: «Nous avons même travaillé en faveur de la réinsertion de détenus dans la restauration. Je suis viscéralement de gauche, en partie par réaction à mon grand-oncle qui était un dirigeant local fasciste sous Mussolini.»

En 2010, alors que «tout roule», il quitte sa région pour venir travailler à Genève: «Une ville ouverte, tranquille, multiculturelle. Ma mission prendra fin dans trois ans.» La fin prochaine de son mandat, «c’est le seul défaut de Damiano», assure son assistante en lui amenant son café. Il le sucre abondamment: «C’est mon besoin d’amour maternel», s’excuse-t-il en remuant la cuillère. Littéraire, humaniste, amateur de bonne chère («Je cuisine bien les lasagnes»), Damiano De Paola n’en est pas moins attaché à l’apparence, à la frime. «J’adore les marques. Elles sont synonymes de qualité.» Chaussures, lunettes, pantalons, tout est griffé. Et ce bracelet? «Un cadeau de mon meilleur ami. J’ai fait de même. Il vit au pays. On se connaît depuis une vie.» Des SMS de ses deux filles coupent son récit. Il répond en vitesse et montre une photo d’elles, ses «deux amours.» «Elles étudient à l’Université.» L’une d’elles s’est mariée cet été. «Elles sont belles, hein? J’ai en projet un livre dans lequel je leur écris puis j’interromps ma lettre pour cuisiner. Et là je leur décris les plats.» Il soupire. «Je repousse sans cesse ce livre. Je travaille trop. On verra.» Sous ses longues mèches noires, Anna range les tasses et révèle en douce un défaut du «Professore»: «Il est trop consensuel, il n’aime pas le conflit et privilégie le dialogue. Moi vous savez, je suis plus directe.»

Be the first to comment

Leave a Reply

L'indirizzo email non sarà pubblicato.


*