De la Calabre à la bergamote… de Nancy!

Republicain-lorrain.fr ILS ONT ÈTE nombreux à quitter leur Calabre natale dans les années 50 pour rejoindre la noirceur des paysages du Pays-Haut. Sidérurgistes, mineurs, ouvriers… ont fait leur vie en Lorraine, fondé des fratries, mais ont gardé dans le cœur les rayons du soleil de Reggio, de Villa San Giovanni, de Melito di Porto Salvo ou encore de Messine. Si de nombreux travailleurs italiens ont aujourd’hui disparu, les générations qui ont suivi perpétuent la mémoire, sans vraiment s’en rendre compte. Il n’y a pas un Longovicien ou un Saint-Martinois d’origine italienne qui ne demandera pas à l’un de ses voisins « De quelle région d’Italie tu viens?»

Souvent, on cite l’Emilie-Romagne, les Pouilles, les Abruzzes… Et quand il s’agit de la Calabre, il y a quelque chose de spécial qui se passe dans les tripes. Les clans se forment, les amitiés naissent autour de souvenirs de mômes. Les odeurs du marché aux poissons, la vendeuse de fruits et légumes, la mer cristalline, les piments qui rougissent au soleil, le parfum entêtant des champs de bergamotes. Ce fruit si particulier, mi-citron, mi-orange, à la croisée de la mandarine et du pamplemousse.

«Nos parents sont originaires de Melito di Porto Salvo, expliquent Lionel et Michèle, de Longwy. On a toujours entendu parler des champs de bergamotes et surtout du bonbon de Nancy. Alors, nous sommes venus visiter une azienda». Située à quelques kilomètres de Melito et de Bova Marina, la plantation d’un producteur bio bien connu attire les touristes. «Nos champs s’étendent sur cinq hectares, explique Ugo Sergi. Nous faisons partie d’un consortium de producteurs, la coopérative Bio Assoberg qui nous achète notre huile essentielle de bergamote et la revend dans le monde entier».

Depuis 22 ans, Ugo, qui était avocat dans une autre vie, a choisi de revenir aux sources et de s’occuper de la propriété familiale, basée à Amendolea. « Cette production nous l’assurons de père en fils, explique-t-il. C’est une culture qui demande beaucoup de soins. D’ailleurs, la bergamote ne se cultive que sur une bande d’une centaine de kilomètres sur la côte ionienne, située entre Villa San Giovanni et Bianco. La récolte se fait de décembre à février, la peau du fruit devient toute jaune. Il faut alors le cueillir à la main. Depuis vingt ans, ce sont toujours les mêmes personnes qui assurent la cueillette».

Les champs se parent de jaune intense et les bergamotiers déploient leurs arômes dans l’air. Un parfum envoûtant se répand. Une ambiance particulière que les touristes viennent savourer en logeant dans l’agriturismo de la famille Sergi, Il Bergamotto. « Venir dîner ici, déguster des plats typiques calabrais avec une vue splendide sur la fiumara et les bergamotiers est un pur plaisir, assure un touriste français. De la terrasse, nous regardons les étoiles en dégustant une liqueur de bergamote, c’est le paradis».

Une huile rare. «La bergamote ne se mange pas comme on pourrait le faire avec une orange. On récupère la peau, d’où on va extraire l’huile essentielle. Nous tenons absolument à préserver la culture biologique de notre produit. Sur la côte, il existe quatre fabriques bio, elles fournissent 90 % de la vente mondiale qui atteint les 150 000 kg d’huile essentielle par an. Il faut à peu près 200 kg de fruits pour faire un litre d’huile. Mais avec l’industrie chimique, les parfums de synthèse ont vu le jour. Du coup, beaucoup d’huiles essentielles sont des mélanges. Notre huile est 100 % naturelle, d’ailleurs la vraie bergamote de Nancy est fabriquée exclusivement à partir de bergamote de Calabre ».

Depuis une cinquantaine d’années, le marché n’a eu de cesse de se développer et de se diversifier. Parfums à la bergamote, thés, jus de fruit, cosmétiques… On trouve malheureusement de tout sur le marché. « Pour ne pas se tromper, il faut acheter un produit certifié et produit en agriculture biologique ». Histoire de s’enivrer au doux parfum du soleil de Calabre. Jaune comme un citron, aussi grosse qu’une orange, la bergamote pousse exclusivement en Calabre, en Italie du Sud, qui jouit d’un microclimat. Ce fruit, qui s’exporte à l’international, est une mine d’or pour cette région pauvre.

De l’Italie à la Lorraine. «La Calabre fournit l’huile essentielle qui sert à fabriquer le célèbre bonbon de Nancy», explique Ugo Sergi. De quoi étonner certains touristes qui ne pensaient pas que la confiserie lorraine avait des origines italiennes. Comme le signale l’Office de tourisme de Nancy «la bergamote est une spécialité exclusivement nancéienne, née au XIXe siècle. Sa recette remplit des conditions et des ingrédients spécifiques». La bergamote de Nancy a obtenu le label IGP, Indication géographique protégée en 1996, grâce au travail et à l’investissement de l’Association des fabricants de bergamotes de Nancy. Une première pour cette délicatesse. Aujourd’hui, quatre grandes confiseries produisent ce bonbon : confiserie Stanislas, Lalonde, Les Sœurs macarons, la confiserie des Hautes Vosges de Plainfaing

Be the first to comment

Leave a Reply

L'indirizzo email non sarà pubblicato.


*