La mafia italienne menace-t-elle la France ?

Bénédicte Lutaud Caminteresse.fr DEPUIS PLUSIEURS années, la mafia italienne s'implante en silence en France. Fabrice Rizzoli, spécialiste de la criminalité organisée détaille les mécanismes de cette infiltration. Roberto Saviano, auteur du best-seller Gomorra sur la mafia napolitaine, était l’invité de France Info jeudi 8 mars. Venu présenter son dernier ouvrage Le combat continue (Vieni via con me), paru le 23 février chez Robert Laffont, il a aussi évoqué le problème de l’implantation de la mafia italienne en France. Pour en savoir plus sur les raisons qui poussent la mafia italienne à investir en France, nous avons interrogé Fabrice Rizzoli, spécialiste du crime organisé et auteur du Petit Dictionnaire énervé de la mafia. Depuis quand la mafia italienne est-elle présente en France ? « Ce n’est pas nouveau du tout. Dès le début des années 1980, Domenico Libri et Paolo de Stefano, deux boss de la ‘Ndrangheta (la mafia calabraise), arrivent sur la Côte d’Azur et créent des petites familles mafieuses. Aujourd’hui, ces familles sont devenues des ‘locali’, des regroupements de plusieurs familles. Elles seraient présentes à Marseille, à Antibes-Juan-les-Pins, qui serait la maison-mère. » Pourquoi la mafia italienne a-t-elle investi en France ? « Au départ, il s’agissait, pour les mafieux, de trouver refuge. Ils fuyaient la répression de la police italienne, mais aussi les luttes intestines de la ‘Ndrangheta et de la Camorra (mafia napolitaine), qui ont duré de 1984 à 1991. Ensuite, la France est devenue une terre de blanchiment d’argent. Le but : utiliser leurs fonds pour investir dans l’hôtellerie, la restauration, les boites de nuit, les plages privées… Il s’agissait de déclarer des revenus supérieurs à la réalité pour mettre l’argent de la drogue dans les caisses. La Camorra et la ‘Ndrangheta ont aussi investi dans la construction. Les mafieux possèdent des sociétés discrètes, qui ne nécessitent pas de grandes compétences, comme le terrassement par exemple. Ils remportent des appels d’offre en proposant simplement des prix inférieurs. Ils s’en fichent, leur entreprise tourne avec l’argent de la drogue ! » Quels sont les liens avec le grand banditisme français ? « Ils ne sont pas là pour faire la loi, car ils ne sont pas chez eux. Mais ils collaborent. Les clans calabrais, par exemple, peuvent faire venir facilement de la cocaïne de Colombie. Ils proposent des tables rondes à Marseille et à Toulon, et les caïds des cités et clans corso-marseillais mettent chacun une somme. Les clans calabrais s’occupent d’apporter la drogue, mais ils ne vont pas non plus prendre le contrôle du trafic de drogue. Il y a d’autres possibilités. À Lyon, par exemple, la Camorra avait participé au braquage d’un fourgon blindé: des faux dinars ont été retrouvé à Naples par la police italienne. En 2009, la police française avait mis en garde à vue une quinzaine de personnes, dont le camorriste Giovanni Tagliamento, des maires de plusieurs communes, un truand français fiché au grand banditisme et des entrepreneurs d’une grande société de BTP… En 2011, enfin, on a appris qu’une entreprise appartenant à des mafieux de la ‘Ndrangheta avait réalisé le terrassement du Royal Plaza, le bâtiment abritant la communauté d’agglomération de la Riviera française (CARF) et la maison de justice ! » La mafia italienne semble beaucoup moins violente en France qu’en Italie… « C’est stratégique : les mafieux ne veulent pas attirer l’attention des forces de l’ordre. Ils sont là avant tout pour blanchir leur argent. Chez lui (en Italie), le mafieux applique la violence programmée. Il va jusqu’à l’assassinat, voire des massacres. Mais en France, il fait bien plus attention. » Que fait le gouvernement français pour lutter contre cette infiltration de la mafia italienne ? « Pas grand chose. Dès qu’une personne est arrêtée, elle est livrée aux autorités italiennes. Il manque une loi sur les biens confisqués au crime organisé, comme en Italie. Biagio Crisafulli, trafiquant de drogue pour le compte de la mafia sicilienne. Il possédait une villa au Cap d’Antibes. Il a fallu attendre des années avant que la justice italienne puisse saisir sa villa! »

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