Sellia, en Calabre, le village où il est interdit de mourir

Sellia

Bau­douin Escha­pas­se Lepoint.fr IL NE S'ATTENDAIT pas à un tel suc­cès. Depuis qu'il a publié un arrê­té inter­di­sant à ses admi­ni­strés de se lais­ser mou­rir, l'été der­nier, le mai­re de Sel­lia en Cala­bre, dans le sud de l'Italie, est con­fron­té à l'arrivée mas­si­ve de per­son­nes âgées dans son vil­la­ge. La com­mu­ne comp­tait 1 500 habi­tan­ts en 1950. Elle n'en dénom­bre plus que 537 aujourd'hui, dont 60 % ont plus de 65 ans. « Si rien n'était fait, notre popu­la­tion allait con­ti­nuer de décli­ner », argue Davi­de Zic­chi­nel­la, son mai­re. Élu en juin der­nier, ce pédia­tre de 40 ans a donc déci­dé de pren­dre le tau­reau par les cor­nes en pro­hi­bant tout sim­ple­ment aux habi­tan­ts de Sel­lia de… dépé­rir.

« La vie humai­ne a natu­rel­le­ment de la valeur. Mais ici, elle a une valeur socia­le, par­ce que cha­que décès nous rap­pro­che de la mort du vil­la­ge », justi­fiait l'édile au moment de pro­mul­guer son tex­te. L'objet de cet­te déci­sion était, évi­dem­ment, de fai­re de la publi­ci­té à sa com­mu­ne. Édic­té le 5 août der­nier, cet arrê­té a, de fait, atti­ré l'attention de la pres­se inter­na­tio­na­le et con­tri­bué à fai­re con­naî­tre Sel­lia dans le mon­de entier. Depuis cet­te date, les curieux ont afflué dans le vil­la­ge, domi­né par un char­mant châ­teau byzan­tin. Et les deman­des d'inscriptions se sont mul­ti­pliées… à la mai­son de retrai­te loca­le.

« Il y a la queue au tout nou­veau cen­tre de soins géria­tri­ques », relè­ve ain­si l'AFP. Cer­tes, les rues de ce hameau accro­ché à flanc de col­li­ne sont enco­re vides. Plus de la moi­tié des mai­sons sont aban­don­nées. Mais la muni­ci­pa­li­té reçoit cha­que semai­ne des per­son­nes dési­reu­ses de s'y implan­ter. Pari gagné Le con­seil muni­ci­pal espè­re renouer avec la crois­san­ce démo­gra­phi­que qui fit les bel­les heu­res de cet­te col­lec­ti­vi­té des années 20 aux années 50. Situé à 12 kilo­mè­tres de Catan­za­ro, chef-lieu de la pro­vin­ce, et à une ving­tai­ne de kilo­mè­tres de la côte, Sel­lia a vu, depuis un demi-siè­cle, ses jeu­nes quit­ter le pays pour cher­cher du tra­vail dans le nord de l'Italie.

Ces quin­ze der­niè­res années, le taux de mor­ta­li­té a été si impor­tant que sa popu­la­tion a bais­sé de moi­tié la der­niè­re décen­nie, pas­sant de 1 000 à 500 habi­tan­ts. En tran­sfor­mant, grâ­ce à des fonds euro­péens, l'ancienne éco­le com­mu­na­le en cen­tre de san­té, le mai­re visait à lut­ter con­tre la déser­ti­fi­ca­tion médi­ca­le de ce coin de Cala­bre. Con­fron­tée à une pau­vre­té endé­mi­que, la région avait dû se résou­dre à des cou­pes sévè­res dans les fonds desti­nés à la san­té. Mais, fau­te d'habitants, cet­te nou­vel­le « mai­son médi­ca­le » pei­nait à rem­plir sa sal­le d'attente. L'arrêté « anti-mort » pris par le mai­re de Sel­lia a con­si­dé­ra­ble­ment boo­sté l'institution depuis six mois. 

En effet, le tex­te pré­voit, aus­si et sur­tout, un « check-up » annuel obli­ga­toi­re, sous pei­ne d'un impôt sup­plé­men­tai­re de 30 euros par an. Des visi­tes médi­ca­les obli­ga­toi­res Dans les semai­nes qui ont sui­vi l'arrêté, une cen­tai­ne d'habitants se sont inscri­ts pour un con­trô­le, et désor­mais la moi­tié du vil­la­ge est sui­vie dans ce cen­tre dont la con­sul­ta­tion ne désem­plit plus ! Il faut dire que les soins dispen­sés sur pla­ce sont sub­ven­tion­nés par la col­lec­ti­vi­té, ce qui les rend gra­tui­ts pour les plus dému­nis. De quoi réjouir les habi­tan­ts. Com­me Vin­cen­zo Rotel­la, un retrai­té de 79 ans, venu ce jour-là pour un élec­tro­car­dio­gram­me. « Quand vous attei­gnez un cer­tain âge, qu'il faut pren­dre le bus pour aller dans la vil­le la plus pro­che voir un méde­cin, puis atten­dre des mois pour pou­voir effec­tuer cer­tains exa­mens, ce n'est pas faci­le. Nous nous sen­tions négli­gés, nous, les vieux… Mais ici, on peut voir un méde­cin quand on veut », expli­que-t-il. Tel­le enco­re Gio­van­na Scoz­za­fa­va.

Cet­te peti­te grand-mère de 71 ans avait beau avoir de peti­ts pépins de san­té, elle n'avait pas les moyens de se tour­ner vers le sec­teur pri­vé et a donc sau­té sur l'occasion pour se fai­re exa­mi­ner. « Tout le mon­de ne peut pas payer les hono­rai­res du pri­vé. Qu'est-ce qu'on fait quand on a à pei­ne de quoi s'acheter à man­ger ? » deman­de-t-elle. Pour aider ses admi­ni­strés, prin­ci­pa­le­ment retrai­tés, à attein­dre, et si pos­si­ble à dépas­ser, l'espérance de vie de 83 ans en Ita­lie, le mai­re sub­ven­tion­ne éga­le­ment des séjours en insti­tut ther­mal. Des trans­ports en bus régu­liers sont orga­ni­sés, par ses soins, vers un éta­blis­se­ment de la région. Un argu­ment mar­ke­ting Davi­de Zic­chi­nel­la ne se con­ten­te pas de main­te­nir à bout de bras cet­te popu­la­tion vieil­lis­san­te. Il cher­che aus­si à atti­rer les tou­ri­stes et de nou­veaux habi­tan­ts dans son petit vil­la­ge pro­che de la mer Ionien­ne.

Il a auto­ri­sé la recon­ver­sion de l'école mater­nel­le, depuis long­temps à l'abandon, en auber­ge de jeu­nes­se, et l'installation de deux gîtes au prin­temps. Une autre aide de l'Europe, de 1,5 mil­lion d'euros, doit éga­le­ment l'aider à tran­sfor­mer une ancien­ne fer­me en parc d'aventure, avec une tyro­lien­ne, des pon­ts tibé­tains suspen­dus entre les arbres, une tour infer­na­le et un grand ter­rain de jeux acces­si­ble aux per­son­nes han­di­ca­pées. En publiant son arrê­té inter­di­sant la mort, Davi­de Zic­chi­nel­la espé­rait res­su­sci­ter Sel­lia. Il est en pas­se de réus­sir.

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